Guide · Réglementation européenne

ESPR et passeport numérique produit : le décryptage.

Ce que dit le règlement européen, ce que contient un passeport, et ce que cela change concrètement pour vos collections.

Règlement (UE) 2024/1781en vigueur depuis le 18 juillet 2024
Registre européen des DPPen ligne depuis le 20 juillet 2026
Acte délégué textileadoption prévue mi-2027
Un cube-puzzle de métal, de verre et de marbre, verrouillé par des clés, avec l’emblème européen lumineux en son centre.
01

L’ESPR en bref

L’ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation) est le règlement européen qui fixe les règles d’écoconception que les produits doivent respecter pour être vendus dans l’Union : durabilité, réparabilité, contenu recyclé, information du client.

Règlement (UE) 2024/1781, en vigueur depuis le 18 juillet 2024

Ce qui change par rapport à l’ancienne règle

L’ESPR abroge la directive écoconception de 2009, qui ne visait que les produits liés à l’énergie (lave-linge, ampoules, moteurs…). Il s’applique désormais à presque tous les biens physiques, composants et produits intermédiaires compris. Seuls en sont exclus l’alimentation, les médicaments, le vivant et les véhicules.

Un cadre, puis des règles par famille de produits

Le règlement ne fixe pas lui-même les exigences d’un jean ou d’une chaise. Il pose un cadre ; la Commission adopte ensuite un acte délégué par catégorie de produits (textile, mobilier, acier…), qui définit deux types d’exigences : des exigences de performance (robustesse minimale, contenu recyclé minimal…) et des exigences d’information, portées par le passeport numérique produit. Sauf cas dûment justifiés, chaque acte s’applique au plus tôt 18 mois après son entrée en vigueur.

Quatre leviers

1Exigences d’écoconception

Performance et information, fixées catégorie par catégorie.

2Passeport numérique produit

Les données de chaque produit, accessibles par un scan.

3Fin de la destruction des invendus

D’abord pour les vêtements, accessoires et chaussures.

4Marchés publics écologiques

Des critères obligatoires pour les achats publics.

Lire le règlement sur EUR-Lex
02

Qu’est-ce qu’un passeport numérique produit ?

« Un ensemble de données propres à un produit, qui comprend les informations précisées dans l’acte délégué applicable adopté en vertu de l’article 4 et qui est accessible par voie électronique par l’intermédiaire d’un support de données. »

Article 2, point 28, du règlement (UE) 2024/1781 (ESPR)

Le DPP n’est pas un document de plus. C’est une fiche d’identité numérique, renseignée au niveau du modèle, du lot ou de la pièce selon l’acte délégué, et lisible par toute la chaîne : marque, revendeur, réparateur, recycleur, client, douanes. Le support est un code-barres, un QR code ou un autre support lisible par machine, apposé sur le produit, son étiquette, son emballage ou sa documentation.

Ce que contient un DPP

Le contenu exact est fixé par l’acte délégué de chaque catégorie, parmi les informations listées à l’annexe III de l’ESPR :

  • Un identifiant unique et persistant du produit
  • L’identité de la marque, de l’importateur et du site de fabrication
  • La composition matière et le contenu recyclé
  • Les substances préoccupantes présentes
  • Les informations de durabilité, de réparation et d’entretien
  • Les consignes de réemploi, de tri et de fin de vie
  • Les documents de conformité
  • Des droits d’accès différenciés selon les publics

DPP, étiquette, certificat d’authenticité

L’étiquette

Dit ce que le produit est au moment de la vente. Statique, limitée en place.

Le DPP

Suit le produit toute sa vie, avec des données vérifiables et mises à jour. Obligation réglementaire.

Le certificat d’authenticité

Prouve qu’un exemplaire précis est bien celui qu’il prétend être, et retrace ses propriétaires. Démarche volontaire.

03

Calendrier ESPR

Un cadre en vigueur, des obligations qui arrivent secteur par secteur.

L’ESPR fixe le cadre. Les actes délégués le rendent opérationnel, catégorie par catégorie, et, sauf cas dûment justifiés, ne s’appliquent pas moins de 18 mois après leur entrée en vigueur.

ActéAttendu
  1. 18 juillet 2024

    Entrée en vigueur de l’ESPR

    Le règlement (UE) 2024/1781 remplace la directive écoconception de 2009 et institue le passeport numérique de produit.

    EUR-Lex
  2. 16 avril 2025

    Plan de travail 2025-2030

    La Commission fixe ses priorités, dont le textile et l’habillement, l’ameublement et les matelas.

    COM(2025) 187
  3. 15 juillet 2026

    Premières normes harmonisées du DPP

    Les normes EN 18216 et EN 18219 à 18223 (identifiants uniques, supports de données, stockage, API, interopérabilité) sont publiées au Journal officiel : un passeport qui les respecte est présumé conforme.

    Décision d’exécution (UE) 2026/1736
  4. 19 juillet 2026

    Fin de la destruction des invendus textiles

    Les grandes entreprises ne peuvent plus détruire leurs vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures invendus.

    ESPR, art. 25
  5. 20 juillet 2026

    Mise en ligne du registre européen des DPP

    Le registre référence l’identifiant unique de chaque passeport et sert de point de contrôle aux douanes. Les données, elles, restent hébergées par les marques ou leurs prestataires.

    Commission européenne
  6. 18 février 2027

    Passeport batterie

    Premier passeport sectoriel obligatoire, sous un règlement distinct, pour les batteries de véhicules électriques, de moyens de transport légers et industrielles de plus de 2 kWh.

    Règlement (UE) 2023/1542
  7. Mi-2027 · prévu

    Acte délégué textile et habillement

    Il fixera le périmètre, les exigences de performance et les données obligatoires du passeport textile. Calendrier indicatif de la Commission.

    Plan de travail ESPR
  8. 2028 · attendu

    Acte délégué ameublement

    Exigences d’écoconception et de passeport pour le mobilier, suivies d’un acte sur les matelas attendu en 2029.

    Plan de travail ESPR
  9. Mi-2029 au plus tôt · estimation

    Le passeport textile devient obligatoire

    Adoption mi-2027, délai d’examen par le Parlement et le Conseil, puis 18 mois minimum : les pièces mises sur le marché à partir de cette date devront avoir leur passeport.

    ESPR, art. 4
  10. 19 juillet 2030

    Invendus : extension aux moyennes entreprises

    L’interdiction de destruction s’étend aux entreprises de taille moyenne. Les micro et petites entreprises restent exemptées.

    ESPR, art. 25

Sources : EUR-Lex, Commission européenne, CIRPASS-2. Les dates des actes délégués sont indicatives (plan de travail ESPR, révision prévue en 2028) et la date d’application textile est une estimation. Dernière vérification le 1er octobre 2026.

04

Textile et mobilier : qui est concerné, et quelles données ?

Pour l’habillement, les travaux préparatoires de la Commission dessinent déjà le périmètre et le contenu du futur passeport. Ce sont des pistes : l’acte délégué tranchera.

Quels vêtements ?

Le périmètre proposé : l’habillement contenant au moins 80 % de fibres textiles en poids, prêt-à-porter comme vêtements de travail et de sport.

  • T-shirts et polos
  • Chemises et blouses
  • Pulls, sweats et maille
  • Vestes et manteaux
  • Pantalons, jeans et shorts
  • Robes, jupes et combinaisons
  • Collants et chaussettes
  • Lingerie et sous-vêtements
  • Maillots de bain
  • Accessoires textiles : écharpes, cravates, ceintures, gants, chapeaux

Hors périmètre proposé : EPI, textiles connectés, dispositifs médicaux, jouets, ainsi que tissus, fils et fibres. Les chaussures font l’objet d’une étude séparée d’ici fin 2027 ; le linge de maison n’est pas visé à ce stade. Source

Qui fait quoi dans la chaîne ?

La marquemetteur sur le marché
Elle est « fabricant » au sens de l’ESPR dès qu’elle fait fabriquer et vend sous son nom. Elle garantit qu’un passeport est disponible et en confie une copie de sauvegarde à un prestataire DPP.ESPR, art. 27
L’importateurmarque établie hors UE
Il vérifie qu’un passeport existe avant de mettre le produit sur le marché européen.ESPR, art. 29
Distributeurs et revendeursboutiques, grands magasins, e-commerce
Ils vérifient que chaque produit est lié à son passeport et le rendent accessible au client, y compris en vente à distance.ESPR, art. 30-31
Places de marchévente en ligne, neuf et seconde main
Elles coopèrent avec les autorités, qui peuvent faire retirer une offre non conforme. Vendre sous sa propre marque en fait un fabricant.ESPR, art. 34-35
Façonniers et fournisseursrangs 1, 2 et 3
Pas d’obligation directe, mais la donnée vient d’eux. L’acte délégué pourra leur imposer de transmettre gratuitement les informations dont ils disposent.ESPR, art. 38
PME
Pas d’exemption du passeport, mais des délais d’application adaptés et un accompagnement prévu par le règlement.ESPR, art. 4 et 22

Quelles données préparer ?

Une partie existe déjà dans vos fiches techniques, votre PLM ou votre ERP. Le reste se joue chez vos fournisseurs : un vêtement mobilise au moins quinze acteurs, et l’information se perd souvent au-delà du rang 1.

  • Composition fibres en % du poidsDéjà sur l’étiquette
  • Consignes d’entretienDéjà sur l’étiquette
  • GTIN du modèle et numéro de lotPratique courante
  • Marque, importateur et site de confectionPratique courante
  • Contenu recyclé, pré ou post-consommationÀ l’étude
  • Score de robustesse, après 5 lavagesÀ l’étude
  • Score de recyclabilité, selon la compositionÀ l’étude
  • Substances préoccupantes présentesÀ l’étude
  • Empreinte carbone, en classe de performanceÀ l’étude · peu mature

Le score de recyclabilité à l’étude note chaque pièce de 0 à 10 : au-delà de 15 % d’élasthanne, la pièce serait affichée « non recyclable » ; le mono-matière et les mélanges à plus de 60 % de coton gagnent des points. Source

Par modèle, par lot ou par pièce ?

La piste à l’étude : un passeport renseigné au niveau du modèle (même patronage, même construction, sans distinguer forcément coloris et tailles) pour la plupart des données, et au niveau du lot pour le site de confection, la chimie et les contrôles qualité. Un identifiant unique par pièce resterait volontaire : c’est celui que privilégient les maisons de luxe, pour la revente et l’authentification.

Quid des secteurs de l’ameublement et de l’art ?

Mobilier

Acte attendu 2028

L’ameublement figure au plan de travail ESPR, les matelas suivent en 2029. L’étude préparatoire porte sur la durabilité, la réparabilité, le démontage et l’interchangeabilité des pièces ; le contenu du passeport n’est pas encore publié. Pour les pièces sur mesure, il complète naturellement un certificat d’authenticité.

Emblem Manufacture

Art

Démarche volontaire

Les œuvres d’art ne figurent pas au plan de travail ESPR. Galeries et artistes utilisent la même infrastructure, sur une base volontaire, pour la provenance et les transferts de propriété.

Emblem Edition
05

Se préparer en quatre étapes

Les actes délégués fixeront le détail. La méthode, elle, ne changera pas : ce sont les données fournisseurs qui demandent le plus de temps.

  1. Choisir l’identifiant et le support

    Modèle, lot ou pièce ; QR code au standard GS1 Digital Link, puce NFC ou RFID, selon la valeur de la pièce et vos lignes de production.

  2. Cartographier la donnée

    Partir de vos fiches techniques, de votre PLM et de vos certificats (GRS, OEKO-TEX…) ; repérer ce qui manque et ce qui se trouve chez un façonnier ou un fournisseur de rang 2.

  3. Contractualiser et fiabiliser

    Inscrire la remontée de données dans vos cahiers des charges fournisseurs, rattacher chaque donnée à une source et l’horodater. Un passeport sans preuve n’est qu’une déclaration.

  4. Publier et maintenir

    Rendre le passeport accessible au scan et sur la fiche produit e-commerce, le transmettre à vos revendeurs, le tenir à jour pendant toute la durée de vie du produit.

06

Questions fréquentes

Les pièces déjà en stock devront-elles avoir un passeport ?

L’obligation vise chaque pièce au moment de sa mise sur le marché, c’est-à-dire sa première mise à disposition dans l’Union. Une pièce déjà livrée à un distributeur avant la date d’application n’est pas concernée ; une pièce encore dans votre entrepôt, si. C’est un point à intégrer dès maintenant dans la planification des collections de transition.

Nos produits fabriqués hors de l’UE peuvent-ils être bloqués en douane ?

Oui. Pour mettre en libre pratique un produit couvert par un acte délégué, l’importateur doit fournir aux douanes l’identifiant d’enregistrement du passeport dans le registre européen. Les douanes vérifient cet identifiant et le code marchandise avant de dédouaner (article 15 de l’ESPR). Sans passeport enregistré, la marchandise reste à la frontière.

Combien de temps le passeport doit-il rester en ligne, et si notre prestataire disparaît ?

Au moins pendant la durée de vie prévue du produit, selon la période fixée par l’acte délégué, y compris en cas de faillite ou de cessation d’activité de la marque. C’est pourquoi l’ESPR impose une copie de sauvegarde confiée à un prestataire de services DPP : le passeport survit à l’entreprise qui l’a créé.

Nos données sensibles seront-elles publiques ?

Non : les accès sont différenciés. Selon la piste à l’étude, la composition et les informations exigées par l’ESPR seraient publiques, tandis que les concentrations chimiques détaillées et les documents de vérification seraient réservés aux autorités de surveillance et aux acteurs qui justifient d’un intérêt légitime, comme les recycleurs. Vos fournisseurs et vos recettes de teinture ne seraient pas exposés au client.

Les données de nos clients figureront-elles dans le passeport ?

Pas sans leur accord. L’ESPR interdit d’y stocker des données personnelles relatives aux clients sans leur consentement explicite, conformément au RGPD. Le passeport décrit le produit, pas son acheteur : un service de propriété ou de revente nominatif relève d’une démarche distincte, consentie par le client.

Peut-on y ajouter nos engagements RSE ou des contenus de marque ?

Avec prudence. La piste à l’étude : pas d’indicateur environnemental volontaire qui ne soit défini par l’acte délégué, pour éviter l’écoblanchiment. Les informations non environnementales restent possibles si elles sont clairement distinguées des données réglementées : codes logistiques, conditions commerciales, informations favorisant la revente.

Comment transmettre le passeport à nos revendeurs et places de marché ?

La marque doit fournir gratuitement aux revendeurs et aux places de marché une copie numérique du support de données, ou un lien, sous cinq jours ouvrables après leur demande. Eux doivent rendre le passeport facilement accessible, y compris en vente à distance : en pratique, un lien ou un QR code sur la fiche produit.

Le passeport remplace-t-il l’étiquette de composition cousue ?

Non. La composition reste obligatoire sur l’étiquette physique, en vertu du règlement (UE) 1007/2011 sur l’étiquetage des textiles. Sa révision, que la Commission n’avait toujours pas proposée au 1er août 2026, envisage une étiquette physique réduite à l’essentiel, complétée par une étiquette numérique qui pourrait être hébergée dans le passeport.

Le passeport sert-il aussi pour la seconde main ?

Oui, c’est l’un de ses usages prévus. L’étiquette s’efface ou se coupe avec les lavages ; le passeport, lui, reste accessible au scan et transmet composition, entretien et origine à l’acheteur suivant. C’est un outil de confiance pour les revendeurs de seconde main et les acteurs de la réparation.

Le passeport devra-t-il être traduit ?

Probablement dans toutes les langues officielles de l’Union : c’est l’un des points d’attention des travaux préparatoires. Les champs normalisés (composition, codes, symboles d’entretien) se traduisent automatiquement grâce à des dictionnaires communs ; les textes libres, comme les consignes de réparation, demanderont une traduction. L’acte délégué précisera les modalités.